Le 1er novembre 2010, John Casella, propriétaire de vignobles australiens et de la marque Yellow tail était à Montréal pour présenter certaines de ses cuvées à travers une dégustation à l’aveugle de vins concurrents. Préparée et guidée par Nick Hamilton, journaliste spécialisé dans l’univers des vins et alcools, cette dégustation offrait 9 vins à un panel de journalistes et de restaurateurs locaux.
Soyons honnête.
Si l’on écoute ou si l’on relit ce qui a été écrit par l’apparatchik journalistique du vin dans la province au sujet de la marque Yellow tail depuis qu’elle y est distribuée, une image lui « colle à l’étiquette » que je peux résumer ainsi: celle de vins faciles, sucrés, abordables, sans aucune complexité, tout juste digestes.
Cette image est-elle fondée ? Les critiques sont-ils scrupuleux et fiables ?
Ou cette image est-elle abusive et détériorée ? Les critiques sont-ils sévères, snobs et hypocrites ?
Le client étant roi, il semble que Yellow tail soit apprécié puisque ses ventes sont appréciables; il est dans le Top 50 des meilleures ventes au Québec.
Grâce à son prix ou grâce à ses qualités?
Critiquer négativement les vins Yellow tail peut être considéré comme une marque de mépris envers le consommateur.
Critiquer positivement les vins Yellow tail peut être considéré comme de la flagornerie et de la démagogie.
Sylvestre Frères – l’agence de vins qui la représente – et son propriétaire, ont suggéré de répondre à ces questions en osant organiser une dégustation impartiale où tous les vins présentés étaient cachés aux dégustateurs. Parmi eux, 3 vins Yellow tail: le chardonnay Reserve 2009, le shiraz Reserve 2009 et le cabernet-sauvignon Reserve 2009.

Je commente ici les vins tel qu’ils m’ont été proposés, au fur et à mesure que la dégustation avance:
Lot 1
3 vins blancs de chardonnay
1er vin: Nez boisé, discret, puis expressif à l’ouverture, axé sur les fruits confits. Bouche ronde, acidité fine, un peu fuyante en finale. C’est un vin correct, droit.
2ème vin : Nez fruité, très légèrement minéral, axé sur la poire et les fruits blancs. Attaque un peu amère, texture souple, acidité effacée, volume un peu maigre. le style est européen.
3ème vin: Nez net au boisé expressif et intense, aux notes qui rappellent le caramel au beurre. Bouche vive, texture ronde, alcool imposant. Ensemble assez mono-aromatique très typé océanien.
Ma préférence est allé vers le 1er vin qui était le Yellow tail. Le second vin que je n’ai pas aimé était un Chablis Premier Cru, le Château de Maligny. Le troisième, plutôt grossièrement boisé, était un vin australien, le Marchand & Burch.
Lot 2
3 vins rouges de syrah
4ème vin: Nez discret, un peu austère et terreux, plus axé sur la griotte une fois aéré. Bouche tanique, mais veloutée, plus fruitée qu’épicée. L’enveloppe est dense, c’est un vin peu charmeur, droit et jeune.
5ème vin : Nez fruité axé sur la mûres, le cassis, un peu d’eucalyptus. Bouche ronde et veloutée, fruitée, équilibrée, courte en finale. C’est un vin typé océanien, prêt à boire, agréable.
6ème vin: Nez plus discret, plus fin, au fruité noir et rouge. Le boisé est subtil, la texture est grasse, le fruité est soutenu par une puissance assez longue en fin de dégustation. De facture océanienne, ce vin est proche du précédent tout en ayant plus de structure. C’est un bon vin à boire aujourd’hui.
Ma préférence est allée vers le 1er vin : une Côte Rôtie 2004 de Guigal. Le 2ème vin était le Yellow tail, mon troisième choix. Le 3ème vin était une syrah de d’Arenberg, le Dead arm.
Lot 3
3 vins rouges
7ème vin: 1er nez fermé. Attaque puissante, tanins gras, enveloppe tanique. Belle structure, le vin est jeune et imposant, toutefois équilibré. On dirait un vin australien d’assemblage de type meritage.
8ème vin: 1er nez discret, puis minéral. Bouche un peu âcre, tanins mordants, ensemble chaud et finalement court. Très austère et européen dans sa facture. Peu inspirant.
9ème vin: 1er nez léger de fruits rouges et noirs, puis d’eucalyptus. Attaque charmeuse et sucrée, tanins enveloppants, ensemble simple et très agréable, typé océanien.
Le premier vin a été mon préféré, il s’agissait du Hyland de Penfold. Le 2ième est celui que j’ai rejeté, il s’agissait d’un Bordeaux, le Domaine de l’île Margaux. Le 3ème vin était celui de Yellow tail.
Mon analyse de la dégustation :
Les points – :
Les 3 vins auraient dû provenir du même pays et du même millésime. On ne mélange pas les carottes et les navets. Et si on décide de mélanger, 3 continents sont au moins nécessaires.
3 vins par lot n’étaient par suffisants, 5 vins auraient dû être proposés. Le spectre d’une dégustation, si elle doit être comparative, nécessite au moins 5 produits de même origine ou 5 produits d’origine individuelle différente.
Les points + :
Les autres producteurs de vins devraient davantage s’inspirer de ce genre de dégustation où la transparence et la spontanéité sont les premiers vecteurs.
Le vin français dans chaque lot dégusté était aux antipodes des deux autres au niveau de ses caractéristiques, permettant de bien savourer les différences gustatives.