J’avais raison!

La maison Veuve Clicquot-Ponsardin vient de rendre son rapport d’expertise au sujet des bouteilles retrouvées en mer Baltique au mois de juillet 2010. Leur laboratoire de Reims avait en effet reçu un exemplaire à des fins d’authentification. L’équipe de plongeurs avait alors prétendu qu’il s’agissait de bouteilles de champagne d’avant 1800 de la célèbre maison, sous prétexte qu’une ancre marine apparaissait sur les bouchons.

Suite à l’analyse de l’expéditive vidéo qui a été diffusée sur le net à la mi-juillet, j’ai mis en doute l’âge et l’identité du flacon présenté (blog du 4 août 2010 et chronique radio à CIBL 101.5 FM du 21 juillet 2010), tout en communiquant amicalement avec l’équipe d’analystes de Veuve Clicquot-Ponsardin.

Celle-ci vient de publier un communiqué de presse:

« le champagne retrouvé en mer Baltique n’était pas du Veuve Clicquot, mais au contraire du champagne de la Maison Juglar, une petite Maison chalonnaise qui n’existe plus depuis probablement un siècle. La maison Veuve Clicquot tient néanmoins à préciser qu’elle est aujourd’hui, à sa connaissance, la seule maison de Champagne à utiliser une ancre dans son emblème et que celle-ci est une marque déposée depuis 1798 ».

Copie du rapport officiel:

La Maison Veuve Clicquot a pu examiner l’un des flacons retrouvés à bord
d’une épave dans la mer Baltique début juillet 2010, et Dominique
Demarville, son Chef de Caves, déguster quelques millilitres de son
contenu.

La forme de la bouteille se rapproche du modèle dit « Maubeuge », d’un poids
de 940 g, d’une hauteur de 30 cm et d’un contenance totale de 83 cl (à
ras). Elle est en verre soufflé, tournée manuellement, non moulée et
présente un caractère irrégulier avec de nombreuses bulles dans le verre.
Il s’agit donc selon toute vraisemblance d’une bouteille champenoise datant
du premier tiers du XIXe siècle.

La bouteille a été repêchée bouchée, mais le bouchon n’était retenu que par
la pression (environ 6 bars) et ne présentait aucune trace d’agrafe, ni de
muselet. L’hypothèse la plus probable est celle d’une ficelle qui s’est
dégradée pour disparaître au fil du temps.

Le bouchon, légèrement abîmé, est d’une hauteur de 4,2 cm et d’un poids de
10 g. La longueur du roule est de 2,1 cm et le diamètre de son miroir de
1,8 cm. Après séchage, l’ancre présente sur le miroir est bien visible,
ainsi que la marque « Juglar », du nom d’une Maison châlonnaise désormais
disparue. La Maison Veuve Clicquot tient néanmoins à préciser qu’elle est
aujourd’hui, à sa connaissance, la seule Maison de Champagne a utiliser une
ancre dans son emblème, et que celle-ci est une marque déposée depuis 1798.

La dégustation a été réalisée 15 jours après repêchage et première
ouverture, et malgré un contact avec l’air ambiant, le vin ne présente pas
d’oxydation exagérée. Selon le plongeur, il a gardé toutes ses
caractéristiques constatées lors de la dégustation initiale, sauf
l’effervescence qui a disparue. La couleur est d’un jaune doré intense,
avec quelques reflets gris-brun. Le vin est assez clair, transparent, avec
un aspect très légèrement troublé. Le liquide est assez fluide, non
graisseux. Le goût est dominé en attaque par une sensation très sucrée. Une
analyse ultérieure permettra de déterminer le niveau de sucre avec
précision. Progressivement, l’acidité prend le dessus et une sensation
fraîche envahit le palais. Au final, les notes fumées dominent la longueur
en bouche, impressionnante et très marquée par les notes de tourbe et de
tabac déjà trouvées au nez.

Les conditions singulières (eau peu salée, peu de courants, température
constante de 5°C, obscurité totale, pression) sont a mettre au crédit de
cette remarquable conservation.

Selon Dominique Demarville,  » Pour ce vin, le temps s’est arrêté. Il me
semble que nous avons goûté un vin identique à ce qu’il était à l’origine.
Incroyable de constater une telle tension ! Les conditions extrêmement
favorables de conservation ont probablement stoppé son évolution. »

La Maison Veuve Clicquot, son chef de caves et son service du patrimoine et
des ressources historiques se tiennent à la disposition du gouvernement des
îles d’Aland (Finlande) afin d’apporter leur expertise concernant cette
découverte exceptionnelle. « 

This entry was posted in M. Bulles. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire