Si l’Armagnac est connu et recherché pour ses cuvées millésimées, le Cognac a toujours été façonné dans la tradition des assemblage d’années. C’est l’engouement britannique pour l’unicité d’une eau de vie qui aura finalement poussé les autorités cognaçaises à la fin des années 1980 à réglementer la notion de millésime pour le Cognac. Jusqu’alors et pour des raisons commerciales anciennes, seules les maisons Delamain et Hine pouvaient offrir des cognacs issus d’une seule année grâce à la pratique traditionnelle de l’élevage à Londres avant l’embouteillage.
Michel Vallet du Château de Montifaud brosse ici l’histoire du Cognac millésimé.
De passage à Montréal, Michel Vallet, propriétaire du Château de Montifaud qui élabore du Cognac depuis 1837, m’a présenté 3 cuvées déterminées par le temps de vieillissement sous bois - comme le veut la législation - dont une assez rare puisqu’elle est millésimée (1975), fait marginal et finalement récent.
Cette notion de millésime en Cognac fait l’objet d’une seule capsule.
La première vous montrera Michel Vallet présentant sa maison, la deuxième est consacrée au XO du château de Montifaud dont la moyenne des eaux-de-vie assemblées a 30 ans !
Mes commentaires des cognacs dégustés:
Château de Montifaud - Réserve - Petite Champagne
Robe ambrée, 1ier nez discrètement caramélisé, aération sur le raisin frais, puis les fruits secs et enfin sur des notes multiples de tisanes. Rond, voire gras en bouche, la futaille se démarque du fruité, elle apporte de très légères notes de vanille. Un Cognac à la finale moyenne et solide qui clôt une dégustation de belle tenue, plus vive qu’élégante.
Château de Montifaud - XO - Petite Champagne
Robe de couleur ambre foncé, 1ier nez très discret, légèrement torréfié, puis immédiatement axé sur des notes de vanille et d’amandes grillées à l’aération. Attaque vive et parfumée, charmeuse, rapidement enveloppée par une texture grasse et soyeuse, presque moelleuse que des effluves de caramel blond et d’épices viennent couronner. Un Cognac abouti, maîtrisé, à la puissance parfaitement intégrée aux arômes de rancio. À noter un “rapport qualité/prix” exemplaire pour une telle cuvée (autour de 130 $).
Château de Montifaud - Millésime 1975 - Petite Champagne
Le vieillissement particulier en fût du Tronçais donne à ce Cognac une robe foncée et surtout, des arômes fumés et épicés qui dominent ceux de fruits secs (abricots et pêches). La texture est soyeuse, légère, elle contraste avec les parfums corsés qui jalonnent la dégustation. Un Cognac complexe, moins charmeur que le XO de la même maison, qui s’apprêtera aisément à un cigare doux de type Dominicain.
Je vous présente ici plusieurs rencontres avec Carole Desrochers, propriétaire vigneronne dans les Basses-Laurentides au Québec. Son domaine est l’un des rares dans cette province à travailler en utilisant les principes de la viticulture biologique, un vrai sacerdoce lorsqu’on connaît l’environnement climatique local !
Je vous laisse apprécier chaque présentation des vins blancs et rouges. Les vins blancs sont, sans conteste, les plus aboutis de sa production, ils sont parmi les meilleurs vins du Québec. Les vins rouges sont fidèles à l’ensemble des vins rouges québécois - il y a des exceptions dont je parlerai plus tard -: maigres, “fermentaires”et courts, juste assez juteux pour donner un peu de plaisir.
La Certification de Qualité des Vins du Québec
20 : vin exceptionnel, rare, objectivement sans défauts, à son meilleur au moment de la dégustation.
De 18 à 19,5 : très grand vin mature ou au potentiel de garde encore garanti, qui impressionne, digne de son rang, de son terroir, de son (ses) cépages et/ou du millésime.
De 16 à 17,5 : excellent vin, prêt à boire ou au potentiel de garde encore notable, correspondant à sa nature, qui garantit le plaisir au consommateur.
De 14 à 15,5 : bon vin, soigné et maîtrisé, prêt à boire, correspondant à son rang (pays, classement, historique et/ou tarif) et au plaisir souhaité.
De 12 à 13,5 : vin honnête, simple, prêt à boire, correspondant à son statut (commercial et historique)
De 10 à 11,5 : vin décevant qui présente un ou plusieurs défauts, qui n’apporte pas le plaisir attendu. Sans correspondance à son statut (classement, historique, tarif).
Voici une sélection des vins commentés, dégustés en janvier 2010. Je leur donne une note selon le barème personnel ici présenté:
Réserve du bout de l’île 2008 - Vignoble Sainte-Pétronille - Cépage Vandal-Cliche - 18 $
14/20
Premier nez boisé, net et intense rapidement effacé à l’aération par des arômes d’ananas, de citronnelle, puis de miel; en somme synchronisé à son élaboration (fermentation en fût de chêne et élevage sous acier inoxydable, peu banal au Québec). L’attaque en bouche est peu nerveuse, axée sur les parfums initialement perçus, le fût est présent aussi bien dans la texture arrondie que dans les saveurs, l’ensemble est jeune, pourtant peu vif. La finale est courte. Un vin à boire dans les 3 années qui suivent l’achat. Déjà agréable. Évitez le vinaigre ou le citron dans les harmonies culinaires, ils endormiraient ce vin.
Voile de la mariée 2008 - Vignoble Sainte-Pétronille - Vandal-Cliche et Vidal - 15 $
13/20
Jaune pâle, reflets incolore, nez enjôleur de fruits blancs et de miel. Simple et franc au nez comme en bouche, manque un peu de corps, d’énergie, plutôt mono-aromatique (miel), pour l’apéritif ou un fromage crayeux.
Seyval non millésimé (2007 et 2008) - Vignoble du Marathonien - 11 $
14 /20
Robe pâle, reflet vert, très discret au nez (fenouil, agrumes), attaque vive, beaucoup de fraîcheur en bouche, aucune complexité, simple et court. D’abord noté 12,5/20, le tarif particulièrement bas relève aisément la note finale. Rapport qualité/prix oblige!
Vent d’ouest 2007 (seyval) - Domaine du Ridge - 14,75 $
13,5/20
Nez floral, discret, axé sur des notes de dragées et de guimauve à l’aération. Frais, presque mordant en bouche, sa vivacité atténue le fruité général, même si des notes mielleuses offre un peu de douceur en finale. Un vin sec et nerveux pour ouvrir les appétits.
Champs de Florence 2009 - Rosé (seyval noir et maréchal foch) - Domaine du Ridge - 13 $
11/20
Nez léger, un peu fumé, présence de notes de soufre (vin très jeune, récemment embouteillé), rond en bouche, peu corsé quoique ferme, fruité général frais car non sucré. Trop jeune.
Charmes et délices 2008 - Rosé (seyval blanc et sainte-croix) - Domaine des côtes d’ardoise
Nez léger de fraises, un peu fumé et oxydatif à l’aération, attaque en bouche franche cependant sucrée, dosée qui couvre la nature des cépages. Un vin souple et court qui plaira davantage à l’apéritif que sur un service à table.
Domaine Les Brome - Cuvée Charlotte 2008 - 14$
15/20
Nez charmeur et multiple (raisins frais, salade de fruits blancs, notes tropicales), droit. La nervosité de l’attaque en bouche est aussitôt maîtrisée par la rondeur de la texture générale. Le fruité est en équilibre avec le comportement léger, presque distingué. Le caractère des saveurs est plus populaire et séducteur que distinctif et local, l’assemblage est réussi, le tarif est plus qu’adéquat. Belle surprise.
Domaine Les Brome - Réserve Vidal 2007 - 24 $
15 /20
Nez séduisant, net et franc, au boisé (noix de coco, fumé, beurre roux) présent, un peu envahissant. Texture soyeuse, enveloppante, parfumée, belle nervosité en bouche qui soutient des arômes pâtissiers, mais qui tombe cependant rapidement en finale. Un vin qui conjugue fraîcheur et exotisme, représentatif de l’énergie actuelle dans certaines parcelles du Québec… Attention, le tarif pourrait freiner le consommateur.
L’orpailleur - Natashquan 2007 - 25 $
15,5/20
Nez élégant au boisé distingué, attaque en bouche un peu molle rapidement rafraîchie par le fruité pur et citronné. Enveloppant sans être lourd, les parfums sont délicats, le boisé les soutient sans les écraser. Une nouvelle cuvée qui participe au renouveau du vignoble local. Bravo! Attention à la barre psychologique du 25 $, elle repousse toujours le consommateur.
L’orpailleur - Brut (seyval 2007 non déclaré) - 26 $
Nez discret (pommes, lait frais), attaque vaporeuse, bulle fines et légères, maîtrisées. Ensemble un peu évanescent, discret, cependant équilibré. Le dosage est contrôlé, il ne couvre pas la fraîcheur du fruit. Un mousseux simple et bien fait.
Roze 2008 - Vignoble Les artisans du terroir - 12,35 $ - Rosé
Robe de couleur cerise, intense et charmeuse comme le premier nez marqué par la fraise, puis la framboise à l’aération. Attaque en bouche très parfumée, mono-aromatique (confiture de fraise), texture ronde, finale un peu lourde, plus sucrée que vineuse. Un rosé monolithe, simple et abordable.
Daumeray 2007 - Vignoble Les artisans du terroir - 12,50 $
11,5/20
Nez à la fois torréfié et cuit (pruneaux, fruits rouges chauffés, café, épices) en correspondance immédiate avec l’attaque et le comportement en bouche: tanins satinés, un peu effacés, arômes de fruits cuits, finale fuyante. C’est un vin rouge léger, peu corsé, qui manque d’ossature sur ce millésime, qui pourra cependant fort bien compléter un met indien relevé, à base de curry.
Clos du Maréchal 2008 - Domaine du Ridge - 15,80 $
Nez de noyau de cerises, légèrement herbacé, attaque en bouche franche et vineuse, belle structure grâce à des tanins charnus, ce vin flirte avec les qualités d’un bon Beaujolais et démontre que le Québec peut aussi proposer aux consommateurs de bons vins rouges locaux. Bravo.
Domaine Les Brome - Réserve Baco 2007 - 25 $
14,5/20
Le long élevage sous bois est réussi, les amateurs de flaveurs fumées et subtilement épicées seront comblés d’autant plus qu’elles n’empiètent pas sur le fruité (fruits noirs confits) marqué et gras. Généreux sans être puissant, ce vin rouge à la finale légèrement amère soutiendra facilement un plat de petit gibier comme du lapin aux pruneaux et petits oignons caramélisés. On passe à table ?