Après la tendance au champagne rosé des années 2000, la fin de cette décennie marque la création de cuvées dites Extra-Brut, c’est à dire non dosées en liqueur d’expédition ou très faiblement, soit moins de 6 grammes de sucre (notez que lorsqu’un champagne a moins de 3 g de sucre, on pourra utiliser les mentions «brut nature», «pas dosé» ou «dosage zéro».) Cette catégorie a longtemps été une niche pour les petites maisons de champagne ou les vignerons indépendants, elle permettait de diversifier leur gamme de cuvées et elle laissait au chef de cave ou au vigneron élaborateur le choix de s’amuser à des expériences oenologiques quand le cycle végétatif d’une année s’était montré favorable et que la récolte avait été bonne. Nécessitant un taux élevé de sucre naturel et une acidité adéquate, en somme, une maturité exemplaire des raisins, les rares bons flacons d’Extra Brut provenaient souvent du sud de la Champagne, de la Côte des Bar. La cuvée Brut Nature de la famille Drappier est à ce titre, une référence. Souvent destinées aux connaisseurs et aux « chineurs » de champagne, ces cuvées très pures connaissent actuellement un engouement, un gain de popularité. Il ne faudra donc pas s’étonner si, dans la décennie 2010, certaines marques sortent des cuvées Extra Brut à coups – et à coût! – de grand renfort publicitaire.
La réglementation européenne en matière de dosage des vins champenois est peut-être – également – un signe de cette nouvelle tendance. Discrètement diffusée auprès des vignerons, elle vient en effet de changer (Journal officiel de l’Union Européenne – Annexe XIV – CE 607-2009 de la Commission du 14 juillet 2009). Elle ne touche pas la catégorie Extra-Brut, mais elle re-situe plus clairement et logiquement la hiérarchie. Pendant des années, sur les 6 catégories autorisées, quatre se chevauchaient; permettant aux maisons de commercialiser finalement celle dont l’impact culturel était le plus efficace.
Désormais, le champagne aura 6 catégories promptement définies et pour mieux les expliquer, rien de mieux que de comparer l’avant d’après.
LES CATÉGORIES DE CHAMPAGNES ET LEUR TENEUR EN SUCRE AVANT 2010
CHAMPAGNE EXTRA BRUT entre 0 et 6 g/l
CHAMPAGNE BRUT inférieur à 15 g/l
CHAMPAGNE EXTRA DRY entre 12 et 20 g/l
CHAMPAGNE SEC entre 17 et 35 g/l
CHAMPAGNE DEMI-SEC entre 33 et 50 g/l
CHAMPAGNE DOUX supérieur à 50 g/l
LES CATÉGORIES DE CHAMPAGNES ET LEUR TENEUR EN SUCRE À PARTIR DE 2010:
CHAMPAGNE EXTRA BRUT entre 0 et 6 g/l
CHAMPAGNE BRUT inférieur à 12 g/l
CHAMPAGNE EXTRA DRY entre 12 et 17 g/l
CHAMPAGNE SEC entre 17 et 32 g/l
CHAMPAGNE DEMI-SEC entre 32 et 50 g/l
CHAMPAGNE DOUX supérieur à 50 g/l
Mais il y a un Oups ! Vous connaissez l’adage, pourquoi faire simple… etc… surtout avec les fonctionnaires !
On peut lire au 3eme point de l’ article 58 de cette annexe XIV à propos de la teneur en sucre : « Sans préjudice des conditions d’utilisation décrites à l’annexe XIV, partie A, la teneur en sucre ne peut être ni supérieure ni inférieure de plus de 3 grammes par litre à l’indication figurant sur l’étiquette du produit. »
Ce nouvel alinéa (inexistant dans le précédent règlement) donne donc une variabilité possible de 3g/L.
De façon plus pragmatique, 12 gr+3 gr = 15g/L donc, un champagne ainsi dosé peut toujours porter la mention Brut.
Et par ailleurs, 6 gr +3 gr = 9 gr/L, donc un champagne dit Extra Brut peut être dosé à 9g/L !
Une fois encore, le consommateur va facilement s’y retrouver !
La question que je pose: l’Europe administrative a t-elle interrogé les vignerons champenois, catalans ou lombards au sujet de cette question ? J’en doute et comme vous, je vais réapprendre les catégories, c’est tout.
Jusqu’aux prochaines lubies parlementaires.