On peut honnêtement reconnaître que les vins du Québec, toutes catégories confondues, ne jouaient pas dans la cour des grands il y a 15 ans. Combien de fois ai-je entendu de proches ou de collègues sommeliers et journalistes, suite à une visite de vignobles québécois et de dégustations de leurs vins: “les vins étaient mous, ça sentait la basse-cour, ça sentait le soufre, on a pas eu de plaisir en dégustant ou encore, j’ai eu mal au crâne suite à la visite, etc, etc…” Ça, c’était il y a 10 ans et plus.
Quel progrès depuis !! Quels changements aussi bien tangibles dans le vignoble que dans les infrastructures, et le plus important, dans la qualité des vins !! Parce qu’il faut le signaler aussi, le savoir-faire des vignerons a également évolué…
La Société des Alcools du Québec (SAQ) - merci à Linda Bouchard et André Caron - invitait ce jeudi 21 janvier 2010 quelques chroniqueurs (spécialité vin) à déguster une sélection de vins du Québec, en présence de leurs vignerons, prêts à recevoir nos commentaires et à fournir les informations désirées.
Globalement, tous les vins blancs secs dégustés ont dévoilé une bonne qualité à travers des caractéristiques gustatives nettes, franches, presque typées; c’est à dire propre à leur(s) cépage(s), la notion de “terroir” étant encore difficilement perceptible. En bref, le vin blanc québécois aujourd’hui est plaisant, il garantit du plaisir en bouche, on ne l’achètera plus pour encourager la viticulture locale, mais bien parce qu’on en a envie, parce qu’on sait qu’il est bon.
Quant aux vins rouges dont la production québécoise augmente au point d’avoir dépassé celle des vins blancs - simplement parce que le consommateur est aujourd’hui plus rouge que blanc - ils n’offrent toujours pas autant de plaisir que les vins blancs. Sauf quelques cuvées (commentaires à venir), ils sont soit herbacés (rafles), soit oxydatifs (incompréhensible!), soit sur-boisés (copeaux mal utilisés), leurs caractéristiques communes étant le manque de structure et de fruité fraîchement défini. Cependant, là aussi, l’évolution depuis 10 ans est nette, donc encourageante. De là, à penser que le Québec offrira des vins rouges aussi bons et surtout, aussi authentiques que ses blancs, je n’y crois pas. L’apport de cabernets - venus d’ailleurs - est perceptible. L’environnement climatique du Québec sert la typicité des cépages blancs locaux, mais il dessert celle des cépages rouges.
Je le répète, les vins blancs secs du Québec sont aujourd’hui francs, nets, équilibrés, simples et plaisants. Du moins ceux que nous avons goûtés ce jour dont le point commun sera, d’ici quelques semaines, d’être le fruit de vignerons professionnels solidaires travaillant dans le respect d’une certification de qualité.
Je garderai de cette dégustation la transparence affichée des vignerons par rapport à leur choix de cépages et à leurs méthodes de travail - ce qui était opaque il y a 15 ans - et enfin, l’humilité et la clairvoyance quant à la qualité de leur vin.
Le “raisonnable” semble être, pour la décennie 2010 qui s’amorce, l’embrayage de certains vignerons québécois.
Vignobles présents :
Domaine des Côtes d’ardoise
Domaine du Ridge
Vignoble Sainte Pétronille
Vignoble Les Artisans du terroir
Domaine Les Brome
Vignoble de l’orpailleur
Vignoble du Marathonien
Après la tendance au champagne rosé des années 2000, la fin de cette décennie marque la création de cuvées dites Extra-Brut, c’est à dire non dosées en liqueur d’expédition ou très faiblement, soit moins de 6 grammes de sucre (notez que lorsqu’un champagne a moins de 3 g de sucre, on pourra utiliser les mentions «brut nature», «pas dosé» ou «dosage zéro».) Cette catégorie a longtemps été une niche pour les petites maisons de champagne ou les vignerons indépendants, elle permettait de diversifier leur gamme de cuvées et elle laissait au chef de cave ou au vigneron élaborateur le choix de s’amuser à des expériences oenologiques quand le cycle végétatif d’une année s’était montré favorable et que la récolte avait été bonne. Nécessitant un taux élevé de sucre naturel et une acidité adéquate, en somme, une maturité exemplaire des raisins, les rares bons flacons d’Extra Brut provenaient souvent du sud de la Champagne, de la Côte des Bar. La cuvée Brut Nature de la famille Drappier est à ce titre, une référence. Souvent destinées aux connaisseurs et aux “chineurs” de champagne, ces cuvées très pures connaissent actuellement un engouement, un gain de popularité. Il ne faudra donc pas s’étonner si, dans la décennie 2010, certaines marques sortent des cuvées Extra Brut à coups - et à coût! - de grand renfort publicitaire.
La réglementation européenne en matière de dosage des vins champenois est peut-être - également - un signe de cette nouvelle tendance. Discrètement diffusée auprès des vignerons, elle vient en effet de changer (Journal officiel de l’Union Européenne - Annexe XIV - CE 607-2009 de la Commission du 14 juillet 2009). Elle ne touche pas la catégorie Extra-Brut, mais elle re-situe plus clairement et logiquement la hiérarchie. Pendant des années, sur les 6 catégories autorisées, quatre se chevauchaient; permettant aux maisons de commercialiser finalement celle dont l’impact culturel était le plus efficace.
Désormais, le champagne aura 6 catégories promptement définies et pour mieux les expliquer, rien de mieux que de comparer l’avant d’après.
LES CATÉGORIES DE CHAMPAGNES ET LEUR TENEUR EN SUCRE AVANT 2010
CHAMPAGNE EXTRA BRUT entre 0 et 6 g/l CHAMPAGNE BRUT inférieur à 15 g/l CHAMPAGNE EXTRA DRY entre 12 et 20 g/l CHAMPAGNE SEC entre 17 et 35 g/l CHAMPAGNE DEMI-SEC entre 33 et 50 g/l CHAMPAGNE DOUX supérieur à 50 g/l
LES CATÉGORIES DE CHAMPAGNES ET LEUR TENEUR EN SUCRE À PARTIR DE 2010:
CHAMPAGNE EXTRA BRUT entre 0 et 6 g/l CHAMPAGNE BRUT inférieur à 12 g/l CHAMPAGNE EXTRA DRY entre 12 et 17 g/l CHAMPAGNE SEC entre 17 et 32 g/l CHAMPAGNE DEMI-SEC entre 32 et 50 g/l CHAMPAGNE DOUX supérieur à 50 g/l
Mais il y a un Oups ! Vous connaissez l’adage, pourquoi faire simple… etc… surtout avec les fonctionnaires ! On peut lire au 3eme point de l’ article 58 de cette annexe XIV à propos de la teneur en sucre : “Sans préjudice des conditions d’utilisation décrites à l’annexe XIV, partie A, la teneur en sucre ne peut être ni supérieure ni inférieure de plus de 3 grammes par litre à l’indication figurant sur l’étiquette du produit.”
Ce nouvel alinéa (inexistant dans le précédent règlement) donne donc une variabilité possible de 3g/L.
De façon plus pragmatique, 12 gr+3 gr = 15g/L donc, un champagne ainsi dosé peut toujours porter la mention Brut. Et par ailleurs, 6 gr +3 gr = 9 gr/L, donc un champagne dit Extra Brut peut être dosé à 9g/L !
Une fois encore, le consommateur va facilement s’y retrouver !
La question que je pose: l’Europe administrative a t-elle interrogé les vignerons champenois, catalans ou lombards au sujet de cette question ? J’en doute et comme vous, je vais réapprendre les catégories, c’est tout. Jusqu’aux prochaines lubies parlementaires.
Vignoble Les vents d’Ange - Saint-Joseph du Lac - Québec - Décembre 2009
Cuvée Valérie 2007 - 14 $ au domaine - 12,5 % - Cépage blanc Kay Grey :
Peu minéral au nez, plutôt floral puis axé sur des arômes de pêches à l’aération pour offrir finalement des notes mielleuses au réchauffement dans le verre (on ne dit pas mellifère même si ça fait bien, car mellifère signifie “qui produit du miel”! Or le vin ne produit pas de vin!), ce vin blanc se montre peu nerveux à l’attaque, cependant rond et enveloppant en bouche. La finale est courte, elle laisse l’empreinte des arômes initialement perçus au nez. Un vin simple, abordable, bien élaboré qu’on découvrira à l’apéritif avec des canapés variés à base de fruits de mer (sans citron).
Cuvée Catherine 2007 - 15 $ au domaine - 12 % - Cépages blancs 50 % Kay Grey / 50 % Prairie Star:
Très discret au nez, on perçoit des arômes de moût de raisins, l’aération n’aide pas l’ouverture aromatique. L’attaque en bouche charme immédiatement, elle est aux antipodes de l’analyse olfactive: franche, nette, charmeuse. On passe de notes de salade de fruits blancs à celles d’agrumes au sein d’une texture ronde et lisse, l’apport de sucrosité fait son effet (demi-sec / 7 gr de sucre résiduel), il permettra un accord facile avec un poisson gras ou des pétoncles. Belle surprise!
Cuvée Marie-Rose 2007 - Rosé - 12,5 % - Cépage rouge Montréal Blue 100%:
Nez discret de fraise écrasée, un peu oxydatif, peu représentatif de la belle couleur grenadine de la robe. Attaque franche sans être nerveuse, notes discrètes de fruits rouges, puis de jus de fruits commercial, finale courte. L’élaboration par macération carbonique censée sur-extraire les arômes n’apporte rien, une saignée eut été plus conséquente pour garder les arômes naturels du fruit, aussi discrets soient-ils. Peu convaincant.
Cuvée Alexandra 2007 - 12,5 % - Cépages 70 % Montréal Blue / 30 % Sainte-Croix:
Robe de couleur cerise, translucide. Arômes discrets de fraises et de griottes au sein d’une texture fondante, peu tannique. Bel équilibre entre l’attaque et la finale, courte, mais aromatique (notes de fumée). Un vin rouge simple et surtout authentique, qui a la qualité de ne pas offrir de notes sur-boisées ou verdâtres comme bien d’autres vins rouges québécois, qui masquent finalement leur identité.
Cuvée blanche 2008 - 12 % - Cépage blanc 100% Kay Grey - Vin de glace:
Nez net de fruits confits, de pêches et d’abricots séchés, puis de caramel à l’aération. L’attaque est curieusement mince - j’aurais aimé plus de mordant - la séduction se fait en bouche grâce à une fraîche onctuosité, sans lourdeur. Un vin digeste donc, qui aurait pu être plus acidulé, à servir classiquement sur un foie gras et de façon plus orthodoxe, mais adéquate, sur un panettone italien.